Nathalie Somville

Diététicienne Nutritionniste Pau et téléconsultations

Les nouveaux traitements médicamenteux de l’obésité 

L’arrivée des traitements médicamenteux de l’obésité (TMO) marque une évolution majeure dans la prise en charge de l’obésité. Pour la première fois, il est possible de proposer à certain·es patient·es un traitement médicamenteux spécifiquement indiqué dans l’obésité, dont l’efficacité est démontrée dans des essais cliniques de grande ampleur. Toutefois, ces médicaments ne sont pas destinés à toutes les personnes en situation d’obésité et s’inscrivent obligatoirement dans une prise en charge pluridisciplinaire.

Avant les TMO : la chirurgie bariatrique, seule option thérapeutique proposée

Jusqu’à récemment, lorsqu’une prise en charge pluridisciplinaire (diététique, psychologie, APA…)  ne suffisait plus, la chirurgie bariatrique représentait le traitement le plus efficace contre l’obésité sévère.

Les principales interventions (sleeve gastrectomie ou bypass gastrique pour les plus fréquents) permettent une perte de poids importante, mais également une amélioration, voire une rémission, de certaines maladies associées comme le diabète de type 2, l’hypertension artérielle ou le syndrome d’apnées du sommeil.

La chirurgie reste aujourd’hui une option thérapeutique essentielle chez les personnes présentant une obésité sévère ou complexe. Elle nécessite toutefois une évaluation pluridisciplinaire, une préparation nutritionnelle et psychologique ainsi qu’un suivi médical et diététique à vie.

Les nouveaux traitements médicamenteux ne remplacent donc pas la chirurgie. Ils viennent compléter l’arsenal thérapeutique et permettent de proposer une alternative à certaines personnes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas être opérées.

Pourquoi de nouveaux médicaments ?

L’obésité est désormais reconnue comme une maladie chronique impliquant des mécanismes biologiques qui régulent fortement le poids corporel.

Après une perte de poids, l’organisme met en place plusieurs adaptations destinées à retrouver son poids initial :

  • augmentation de la sensation de faim ;
  • diminution de la satiété ;
  • ralentissement des dépenses énergétiques ;
  • augmentation des pensées alimentaires permanentes, parfois appelées food noise.


Ces mécanismes expliquent pourquoi il est souvent difficile de maintenir durablement une perte de poids uniquement grâce aux changements alimentaires.

Les TMO agissent justement sur ces mécanismes biologiques de régulation de l’appétit.

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Un bref historique

Les premiers médicaments destinés à traiter l’obésité ont été développés il y a plusieurs décennies. Beaucoup ont cependant été retirés du marché en raison d’effets indésirables parfois graves.

Un tournant s’est produit avec le développement des analogues du GLP-1, initialement conçus pour traiter le diabète de type 2.

Saxenda® (liraglutide) a été le premier analogue du GLP-1 disposant d’une indication spécifique dans l’obésité.
Ozempic® (sémaglutide) est indiqué dans le traitement du diabète de type 2.
Wegovy® (sémaglutide 2,4 mg) contient la même molécule qu’Ozempic®, mais à une dose plus élevée. Il est spécifiquement indiqué dans le traitement de l’obésité.
Mounjaro® (tirzépatide) est un médicament plus récent, qui agit simultanément sur deux hormones intestinales (GLP-1 et GIP), avec une efficacité supérieure à celle observée avec les analogues du GLP-1 seuls dans les essais cliniques.

Ces traitements constituent aujourd’hui les principales innovations thérapeutiques dans l’obésité.

Comment fonctionnent-ils ?

Après chaque repas, notre intestin sécrète naturellement plusieurs hormones appelées incrétines.

Parmi elles, le GLP-1 (Glucagon-Like Peptide-1) joue un rôle essentiel :

  • il augmente la sensation de satiété ;
  • il ralentit la vidange de l’estomac ;
  • il diminue la faim ;
  • il stimule la sécrétion d’insuline lorsque la glycémie augmente.

Le GIP (Glucose-dependent Insulinotropic Polypeptide) participe également à la régulation du métabolisme et semble renforcer certains effets du GLP-1 lorsqu’il est stimulé simultanément.

Les analogues du GLP-1 reproduisent l’action de cette hormone naturelle. La tirzépatide (Mounjaro®) agit à la fois sur les récepteurs du GLP-1 et du GIP, ce qui explique probablement sa plus grande efficacité sur la perte de poids.

Il ne s’agit donc pas de médicaments qui « brûlent les graisses » ou accélèrent le métabolisme. Ils modifient principalement les mécanismes biologiques qui contrôlent l’appétit et les apports alimentaires. Ces mêmes mécanismes qui sont très souvent dérégulés dans la maladie obésité.

Une action sur le « food noise »

De nombreuses personnes sous TMO décrivent une diminution importante des pensées alimentaires permanentes, phénomène désormais largement décrit sous le terme anglais de food noise.

Le food noise correspond à des pensées répétitives autour de l’alimentation : penser constamment au prochain repas, avoir des envies alimentaires envahissantes, ressentir une difficulté à se concentrer sur autre chose ou encore avoir l’impression que la nourriture occupe une place excessive dans le quotidien.

Les TMO semblent réduire cette activité mentale liée à l’alimentation chez de nombreuses personnes, ce qui facilite la mise en place de nouveaux comportements alimentaires. Toutefois, cet effet disparaît généralement à l’arrêt du traitement, d’où l’importance d’un accompagnement comportemental parallèle.

Quelle perte de poids peut-on espérer ?

Les résultats varient d’une personne à l’autre.

Dans les essais cliniques, associés à une prise en charge nutritionnelle et à une augmentation de l’activité physique :

  • le liraglutide permet en moyenne une perte d’environ 5 à 8 % du poids initial ;
  • le sémaglutide 2,4 mg (Wegovy®) permet une perte moyenne d’environ 15 % ;
  • la tirzépatide (Mounjaro®) atteint en moyenne 20 % de perte de poids chez certaines personnes.

Ces moyennes ne permettent cependant pas de prédire la réponse individuelle. Certaines personnes perdent davantage, d’autres moins.

L’objectif du traitement n’est pas d’atteindre un poids « idéal », mais d’améliorer la santé, la qualité de vie et les complications liées à l’obésité.

Qui peut en bénéficier ?

Les traitements médicamenteux de l’obésité ne sont pas destinés à des personnes souhaitant perdre quelques kilos.

Ils sont indiqués chez les adultes présentant :

  • une obésité (IMC ≥ 30 kg/m²) ;
  • ou un surpoids (IMC ≥ 27 kg/m²) associé à au moins une complication liée au poids (diabète de type 2, hypertension artérielle, dyslipidémie, syndrome d’apnées du sommeil, etc.).

Ils doivent toujours être associés à une alimentation adaptée, à une activité physique régulière et à un accompagnement pluridisciplinaire. A noter toutefois que les critères ci-dessus sont des critères d’éligibilité à une prescription non remboursée des TMO.

Quelles sont les conditions de remboursement en France ?

Depuis le 15 juin 2026, les traitements Wegovy®  et Mounjaro® peuvent être pris en charge par l’Assurance Maladie dans des conditions strictement encadrées, qui sont différentes des critères de prescription non remboursée.

Le remboursement concernera les adultes en échec de suivi sur des modifications du mode de vie durant 6 mois (perte de poids <5%) ET présentant :

  • un IMC supérieur ou égal à 35 kg/m² associé à au moins une comorbidité (voir liste en bas de page*) ;
  • ou un IMC supérieur ou égal à 40 kg/m², avec ou sans comorbidité.

La prescription initiale est réservée exclusivement à ces professionnels/structures de santé 

  • Les médecins spécialistes en endocrinologie-diabétologie-nutrition (spécialité EDN ou anciennement EDMM), médecins compétents en nutrition (médecin titulaire d’un DESC, d’une FST appliquée ou d’une VAE nutrition), chirurgiens bariatriques titulaires du DIU de chirurgie de l’obésité exerçant dans les structures suivantes :un Centre Spécialisé de l’Obésité (CSO),une Structure de Soins Médicaux et de Réadaptation (SMR) mention « gastro-entérologie, endocrinologie, diabétologie, nutrition » ou un CHU.
  •  Les médecins experts impliqués dans la prise en charge de l’obésité suivants :
  • Les médecins coordinateurs de Parcours Coordonné Renforcé (PCR) « Obésité complexe ».
  • Les médecins spécialistes en endocrinologie-diabétologie-nutrition (spécialité EDN ou anciennement EDMM). Dans ce cas, le prescripteur doit exercer en lien avec un CSO. 

A noter que le remboursement de ces médicaments par l’Assurance maladie est à hauteur de 65%. 

Ils peuvent être prescrits par un médecin traitant ou un médecin spécialiste non mentionné dans la liste ci-dessus, mais en ce cas, ils seront 100% à la charge du patient.

Quelles sont les contre-indications ?

Comme tout médicament, les TMO présentent des contre-indications.

Ils ne doivent notamment pas être utilisés :

  • pendant la grossesse ;
  • pendant l’allaitement ;
  • en cas d’antécédents personnels ou familiaux de certains cancers médullaires de la thyroïde ou de néoplasie endocrinienne multiple de type 2 ;
  • en cas d’hypersensibilité connue à la molécule.

Le médecin recherche également d’autres situations nécessitant une prudence particulière, notamment certaines maladies digestives ou pancréatiques.

Quels sont les principaux effets indésirables ?

Les effets secondaires les plus fréquents sont digestifs, surtout lors de l’augmentation des doses :

  • nausées ;
  • vomissements ;
  • diarrhées ;
  • constipation ;
  • douleurs abdominales ;
  • sensation de satiété très précoce.

Ils diminuent souvent après quelques semaines lorsque les doses sont augmentées progressivement.

Plus rarement, des complications plus sérieuses peuvent survenir, comme une pancréatite ou des problèmes de vésicule biliaire. C’est pourquoi un suivi médical régulier est indispensable.

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