Traitements médicamenteux de l'obésité (TMO)
Wegovy®, Mounjaro®, Ozempic®… quelle place pour la prise en charge diététique ?
Pendant de nombreuses années, les personnes en situation d’obésité disposaient de peu d’options thérapeutiques lorsqu’une prise en charge pluridisciplinaire (accompagnement diététique, psychologique, Activité physique Adaptée (APA)) ne suffisait plus. En dehors de la chirurgie bariatrique, les traitements médicamenteux étaient rares, peu efficaces ou associés à des effets indésirables importants (on se rappelle des scandales des amphétamines et du Médiator® !
Depuis quelques années, une nouvelle génération de traitements médicamenteux de l’obésité (TMO) suscite un immense espoir. Les noms de Wegovy®, Mounjaro® ou encore Ozempic® sont désormais largement relayés dans les médias et sur les réseaux sociaux. Leur efficacité sur la perte de poids est réelle et scientifiquement démontrée chez les personnes répondant aux critères d’éligibilité. Toutefois, leur popularité a également favorisé de nombreuses idées reçues : ces médicaments sont parfois présentés comme des « injections minceur », des solutions miracles ou des brûleurs de graisse parfaits pour le petit régime avant l’été.
Halte ! La réalité est bien différente. Prenons le temps ensemble de bien comprendre la maladie obésité, ce que ces TMO apportent comme bénéfices et ce qu’ils ne sont pas.
L'obésité : une maladie chronique reconnue
L'obésité : bien plus qu'un excès de poids !
Pendant longtemps, l’obésité a été réduite à une simple conséquence d’un déséquilibre entre les apports et les dépenses énergétiques. Aujourd’hui, les connaissances scientifiques ont profondément évolué.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit l’obésité comme une maladie chronique, récidivante et multifactorielle, résultant d’interactions complexes entre des facteurs génétiques, biologiques, hormonaux, psychologiques, environnementaux, sociaux et comportementaux. Elle correspond à une accumulation excessive de masse grasse pouvant avoir des conséquences néfastes sur la santé. (Organisation mondiale de la santé)
Chez l’adulte, l’OMS utilise l’Indice de Masse Corporelle (IMC) comme outil de dépistage :
IMC entre 25 et 29,9 kg/m² : surpoids ;
IMC ≥ 30 kg/m² : obésité.
Chez l’enfant et l’adolescent, l’interprétation de l’IMC tient compte de l’âge et du sexe grâce aux courbes de croissance. (Organisation mondiale de la santé)
L’IMC reste toutefois un outil de dépistage et non un diagnostic à lui seul. Il ne distingue pas la masse grasse de la masse musculaire et ne reflète pas la répartition des graisses. Le tour de taille, la composition corporelle, les complications associées et le retentissement sur la qualité de vie doivent également être pris en compte dans l’évaluation médicale de l’enfant ou l’adulte en situation d’obésité.
La définition de la Haute Autorité de Santé (HAS)
En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) reconnaît l’obésité comme une maladie chronique nécessitant une prise en charge médicale à long terme.
Selon la HAS, il s’agit d’une maladie complexe caractérisée par un excès de tissu adipeux ayant des conséquences sur la santé physique, psychologique et sociale. La prise en charge ne vise donc pas uniquement la perte de poids, mais également l’amélioration de la qualité de vie, de la santé métabolique et de l’état fonctionnel.
Cette évolution des recommandations marque un changement important : il ne s’agit plus de « faire maigrir » une personne, mais de traiter une maladie chronique avec des objectifs individualisés.
Un enjeu de santé mondial
L’obésité constitue aujourd’hui l’un des principaux enjeux de santé publique dans le monde.
Selon les dernières estimations de l’OMS :
1 personne sur 8 dans le monde vit avec une obésité ;
en 2022, 890 millions d’adultes étaient concernés ;
43 % des adultes étaient en surpoids ;
la prévalence mondiale de l’obésité a plus que doublé depuis 1990 ;
chez les enfants et les adolescent·es, elle a été multipliée par quatre sur la même période. (Organisation mondiale de la santé)
Cette progression touche aujourd’hui tous les continents et toutes les catégories sociales, même si les inégalités restent importantes.
L'obésité en France : des chiffres préoccupants
La France est relativement moins touchée que certains pays européens ou nord-américains, mais la progression reste constante.
Selon les données de Santé publique France issues de l’étude de Santé publique France – Étude ESTEBAN :
- environ 17 % des adultes vivent avec une obésité ;
- près d’une personne sur deux est en situation de surpoids ou d’obésité ;
- la fréquence augmente avec l’âge ;
- les formes sévères d’obésité sont en augmentation.
Les inégalités sociales sont particulièrement marquées. Les personnes ayant un niveau socio-économique plus faible présentent un risque plus élevé de développer une obésité, en raison notamment de facteurs environnementaux, économiques et d’un accès plus limité aux soins et à une alimentation favorable à la santé.
Les enfants sont également concernés
L’obésité pédiatrique représente aujourd’hui un enjeu majeur.
En France, on estime qu’environ 17 % des enfants et adolescent·es présentent un surpoids, dont environ 4 % une obésité. Ces chiffres restent relativement stables depuis quelques années, mais demeurent élevés.
Or, un enfant vivant avec une obésité a un risque important de conserver cette maladie à l’âge adulte, surtout lorsque celle-ci apparaît après 6 ans.
Plus l’obésité débute précocement, plus le risque de complications métaboliques, cardiovasculaires et psychologiques augmente au cours de la vie.
C’est pourquoi les sociétés savantes insistent sur l’importance d’une prise en charge précoce, centrée sur toute la famille et sans culpabilisation. Qu’on se le dise une fois pour toutes : ce n’est pas une question de volonté !
Pourquoi parle-t-on d'une maladie chronique ?
Une maladie chronique est une maladie qui évolue sur plusieurs années et nécessite un suivi médical prolongé.
L’obésité répond totalement à cette définition.
Le tissu adipeux n’est pas un simple « stock » d’énergie : il s’agit d’un véritable organe endocrine qui produit de nombreuses hormones et molécules inflammatoires influençant le métabolisme, l’appétit, la glycémie, la tension artérielle et les dépenses énergétiques.
De plus, l’organisme met en place de puissants mécanismes biologiques pour défendre son poids. Après une perte de poids, il est fréquent d’observer :
- une augmentation de la sensation de faim ;
- une diminution de la satiété ;
- une baisse des dépenses énergétiques ;
- une réapparition des pensées alimentaires envahissantes (le fameux « food noise »).
Ces adaptations expliquent pourquoi il est souvent si difficile de maintenir durablement une perte de poids sans accompagnement pluridisciplinaire, sur le long terme.
Des conséquences qui dépassent largement le poids
L’obésité augmente le risque de développer de nombreuses maladies chroniques :
- diabète de type 2 ;
- hypertension artérielle ;
- maladies cardiovasculaires ;
- syndrome d’apnées du sommeil ;
- stéatose hépatique (souvent connue comme la maladie du foie gras) ;
- arthrose ;
- infertilité ;
- certains cancers (sein après la ménopause, endomètre, côlon, foie, rein, œsophage, entre autres). (Organisation mondiale de la santé)
Toutefois, réduire l’obésité à cette liste de complications serait incomplet.
Un impact psychologique souvent sous-estimé
Les conséquences psychologiques sont tout aussi importantes.
Les personnes souffrant d’obésité sont davantage exposées :
- aux troubles anxieux ;
- aux épisodes dépressifs ;
- à une faible estime de soi ;
- à l’isolement social ;
- aux troubles de la conduite alimentaire, comme l’hyperphagie.
Ces difficultés peuvent être aggravées par les nombreuses tentatives de régimes restrictifs, souvent suivies d’une reprise de poids. Ce phénomène, parfois qualifié d’« effet yo-yo », favorise un sentiment d’échec alors qu’il résulte en grande partie de mécanismes biologiques bien documentés.
Une maladie encore victime de stigmatisation
Enfin, l’obésité reste l’une des maladies les plus stigmatisées.
Les personnes concernées rapportent fréquemment des discriminations dans leur vie professionnelle, scolaire, sociale et parfois même dans le système de soins.
Cette stigmatisation peut conduire à un renoncement aux soins, à une diminution de l’activité physique, à une souffrance psychologique importante et à une aggravation de la maladie.
C’est pourquoi les recommandations françaises et internationales insistent aujourd’hui sur une prise en charge bienveillante, centrée sur la personne, sans jugement ni culpabilisation.
L’obésité n’est pas un manque de volonté. C’est une maladie chronique complexe qui nécessite une prise en charge globale, durable et personnalisée. C’est dans ce contexte qu’ont émergé les nouveaux traitements médicamenteux de l’obésité, dont nous allons maintenant comprendre le fonctionnement, les indications et les limites.